Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"Les théoriciens de l’école classique ressemblent à des géomètres euclidiens qui, se trouvant dans un monde non euclidien et constatant qu’en fait les lignes droites qui semblent parallèles se coupent fréquemment, reprocheraient aux lignes leur manque de rectitude, sans remédier autrement aux malencontreuses intersections qui se produisent." J.M. KEYNES, 1936

14 Oct

Valeur réelle ou nominale, de quoi on parle ?

Publié par J.D.

Pour commencer…

Ici on s’intéresse à un sujet qui touche tout le monde, plus ou moins directement. Pour faire simple, la question ici c’est celle de la prise en compte de l’inflation. Dans ce billet on va être un peu obligé de prendre des exemples chiffrés (mais bon pas trop, on va limiter la casse). Pour ces exemples je vais surtout m’appuyer sur le budget de l’Etat 2016, présenté le 30 septembre dernier. Vu comme ça, ça n’a pas l’air fun du tout, mais le but c’est de vous montrer qu’un raisonnement en valeur réelle peut vraiment changer votre regard sur les faits économiques. Bon, après cette intro beaucoup trop longue, on va y aller !

Les bases du sujet, un peu technique et chiant mais en même temps on peut pas trop faire autrement pour comprendre…

La valeur nominale c’est celle qu’on a simplement, sans faire de calcul, ou de compensation. Par exemple, je gagnais 1000€/mois l’année dernière, j’en gagne 1100 cette année, mon salaire a augmenté de 10%. C’est simple, clair et rien de plus, c’est une valeur nominale.

La valeur réelle maintenant, c’est celle qui prend en compte les effets de l’inflation ; mais ça veut dire quoi ? Ce n’est pas très compliqué mais faut piger le truc. L’inflation (petit rappel) c’est la hausse du niveau général des prix. Donc quand on raisonne en valeur réelle on va intégrer la hausse des prix dans son augmentation de salaire par exemple

Mais pourquoi on fait ça ? Pour simplifier, ton salaire, tu vas le consommer (et l’épargner en partie mais là on laisse ça de côté). A salaire constant (à savoir 1000€/mois), sur 2 années (n0 et n1) les prix augmentent de 10% (irréaliste mais c’est pour que vous compreniez). J’ai un panier de biens qui vaut pile 1000€ durant n0 ; je peux acheter 100% de ce panier. A n1, ce panier vaut donc 1100€ à cause de l’inflation. Mais mon salaire n’a pas augmenté, je ne peux donc acheter plus que (1000/1100) *90 = 90.9% de ce panier.

Voilà pourquoi on raisonne en valeur réelle ! Savoir ce que l’on peut s’acheter REELLEMENT avec son salaire. Ici on dit que l’on raisonne en parité pouvoir d’achat (PPA). Pour ceux qui entendent la phrase « pouvoir d’achat » aux infos, voilà de quoi on parle.

Maintenant on reprend le même exemple que tout à l’heure, mon salaire passe de 1000 à 1100€ par mois, MAIS, dans le même temps, disons que l’inflation augmente de 3%, que se passe-t-il ?

Si les prix augmentent de 3%, ils sont multipliés par 1.03 (si je vous assure). Donc on a :

(1100/1.03) * 100 = 1067 ; ici on a le salaire réel

(1067-1000) /1000 = 6.7% ; ici on a l’augmentation réelle de notre salaire de la première à la deuxième année, en ayant intégré l’inflation.

Donc ici, au final, mon salaire n’a pas augmenté de 10%, en terme réel il n’a augmenté que de 6.7%.

MAGIE !!!

L’exemple du budget de l’Etat 2016…

Pourquoi prendre un exemple comme le budget de l’Etat ? Et bien si vous avez regardé les chiffres (on sait jamais) on nous annonce la bouche en cœur que les dépenses sont resté stables et que, finalement, il n’y a pas tant d’austérité que ça. Et bah ce n’est pas vrai ! C’est même tellement faux que tous les médias s’en tapent… Dommage…

Si on raisonne en terme réel, le budget a diminué et donc on a une bonne grosse cure d’austérité qui continue ; en même temps, on ne change pas une équipe qui se chie dessus depuis 30 ans ! Ah c’est pas ça qu’on dit ??

Maintenant on va regarder ça avec des chiffres pour vous montrer que je ne sors pas ça de nulle part. Alors pour commencer, voilà les chiffres qu’a présenté le gouvernement à propos des modifications du budget :

Valeur réelle ou nominale, de quoi on parle ?

On voit qu’on a tout de même quelques augmentations qui apparaissent, dans la santé, l’enseignement… On a quelques baisses mais globalement le budget est équilibré, pas de baisse. Maintenant regardons les chiffres que l’on a quand on est en valeur réelle :

Valeur réelle ou nominale, de quoi on parle ?

Oh bah comme par magie c’est plus la même chose, quand on compense avec l’inflation (inflation anticipée de 1% environ) voilà ce qu’on a comme chiffres qui apparaissent… Ah oui, bah c’est plus du tout équilibré en fait comme budget par rapport à 2015…

Bon alors pour ceux qui ont suivis le constat est simple : on a augmenté les dépenses dans la défense et la santé surtout, et presque tous les autres budgets ont diminués. Bon là en pourcentage c’est pas très parlant mais si on regarde en chiffres, dans l'enseignement scolaire par exemple, ça représente plus de 630 Millions en moins dans leur budget, même chose pour l’enseignement supérieur !

Donc bon assumez les mecs, pas la peine de faire comme si vous étiez encore de gauche, personne n’y croit plus de toute manières…

Pour conclure…

Valeurs réelles et nominales, ce sont deux concepts absolument essentiels en économie. C’est tout bête mais ça aide à analyser beaucoup de situations (comme le budget…) et à ne pas penser comme des truites (cf. Mme Morano par exemple, aussi nulle en réflexion économique qu’en analyse des flux migratoires…). Les raisonnements que l’on vient de faire, ça marche pour beaucoup de choses, la hausse des prix de l’immobilier, les salaires, les cotisations… C’est très utile. Sur ce, merci d’avoir tenu le coup jusqu’ici et n’hésitez pas à commenter si vous avez des questions !!

Commenter cet article

À propos

"Les théoriciens de l’école classique ressemblent à des géomètres euclidiens qui, se trouvant dans un monde non euclidien et constatant qu’en fait les lignes droites qui semblent parallèles se coupent fréquemment, reprocheraient aux lignes leur manque de rectitude, sans remédier autrement aux malencontreuses intersections qui se produisent." J.M. KEYNES, 1936